Paysage
Parfois, dans nos sommeils, un seuil est franchi, une porte invisible et silencieuse s'est ouverte, une éclaircie s'est faite et nous sommes au bord d'un monde plus profond et plus vaste que celui de nos jours les plus intenses. Un autre soleil éclaire ces vallées et ces rêveries naturelles de roches. Une Chine ancienne se reflête aux fontaines du Vaucluse comme l'enfance au miroir du grand âge, notre mémoire, notre coeur qui veut vivre toujours, notre terre paradisiaque. Le peintre se tient devant la fenêtre ouverte. Il voyage. Par l'empreinte d'une dentelle ou d'une corde et le mélange et la magie de boues subtiles, il évoque, il fait paraître, il déchiffre un paysage où vivre en vérité. Devant nos yeux, merveille, l'étoffe et la soierie de l'au-delà, qui est en nous, enseveli. Beau corps de songe, vapeur, montagne, eveille-toi ! Eveille-toi ! Voyageur que je suis. Fraîcheur du monde, vent de vie, enveloppe-moi sur le chemin d'horizon, et revêts-moi d'une enfance éternelle.
Claude-Henri Rocquet
Ce sont des gravures et ce ne sont plus des gravures, mais le tissus de la gravure initiale, ou de l'empreinte, la précision d'un trait de plume et la venue somptueuse de la peinture. Ce sont des images. Nuages, remous, vagues, chemins, pierraille, abîmes et tourbillons, cavernes, horizons, rives et berges, forêts et ronces : tout le chemin de la vie et les visages de la mémoire et des songes.
Claude-Henri Rocquet