Du cyprès de "Meltem", 1959, aux arbres-crucifix
de la fin, Prassinos a beaucoup regardé, interprété
et peint les arbres. Ce qui m'autorise à évoquer celui-là
que vous connaissez, qui, au terme d'une métamorphose célèbre
devient une peinture abstraite de Mondrian. Les "Troupeaux" qui
forment l'essentiel de cette exposition, peintures nées en Dordogne
vers 1945-1950, sont encore "figuratifs" - voici des boeufs, des
vaches et des veaux - mais révèlent la façon dont Prassinos
dans peu de temps, échappant aux influences, découpera et
organisera l'espace dans ses tapisseries. Entre les chats maigres et les
jeux surréalistes des débuts, et les œuvres composées,
raisonnées, des trente années de grande création, les
"Troupeaux" illustrent le passage du volontaire au spontané,
du sujet au style. Quant aux "cafetières" et "cuisinières"
qui complètent l'exposition, elles rappellent que Prassinos est un
peintre intelligent, c'est à dire farceur. Clin d'oeil à Braque.
A Belvès, l'artiste a juste la trentaine et il est en train de devenir
soi-même. Bientôt, il sera un des créateurs les plus
inventifs et libres de sa génération.
Assistons à sa naissance.
François Nourissier